Hommage à un instituteur

Pour ceux qui suivent l’actualité sur certains sites francophones sinophiles, ils auront été mis au courant des derniers développements de ce qu’on pourrait appeler « l’affaire Philippe Richard ». Pour les autres, en voici un bref résumé : Philippe Richard, enseignant depuis plus de 20 ans à l’école française de Pékin, a appris en début d’année le non-renouvellement de son détachement. C’est à dire que cet été, il devra retourner en France. Professeur apprécié des élèves et des parents, il y a eu immédiatement une levée de boucliers, notamment face à l’opacité des raisons de cette décision.

J’ai quitté Pékin il y a maintenant 15 ans, et n’ai plus beaucoup de contacts avec la communauté française pékinoise, et encore moins avec son école française. Je ne suis donc pas au courant de ce qui s’y passe réellement, et ne souhaites pas plonger plus en avant dans cette affaire, ni y prendre parti. J’ai cependant fait tout mon primaire à l’école française de Pékin, et Philippe Richard y a été mon instituteur une année. C’est l’occasion pour moi de revenir sur certains souvenirs de l’époque, et de parler un peu de cet instituteur qui fait parti de ceux qui m’ont le plus marqué. Instituteur qui m’a le plus marqué, oui, et même, le seul dont j’en garde vraiment souvenir, et qui a laissé des traces, encore aujourd’hui.

Il était le professeur de chants de l’école. Chanteur pour enfants plutôt connu en Chine, il ne s’est pas contenté de nous apprendre à chanter (en ce qui me concerne, je dois reconnaître que ça n’a pas été très réussi), mais il nous a aussi fait participer à certains de ses spectacles, qu’il a pu faire à l’occasion de divers évènements. Je garde de très bons souvenirs de tous ces moments passés avec lui et mes amis, à répéter et s’amuser. Ceux qui me connaissent savent que je ne retiens quasiment jamais les paroles de chansons, et pourtant, je fredonne encore aujourd’hui certains chants qu’il a écrits, j’aime à l’imaginer, pour nous ses élèves, et pour tous les autres enfants de Chine.

Il a été mon instituteur lors de toute une année de primaire. Ce fût un réel plaisir pour moi d’aller en cours à cette époque.

Mais surtout, c’est lui qui m’a initié à la photo, et c’est ce qui m’est le plus resté. Il nous a appris, à moi et d’autres amis, à utiliser un appareil, à faire des photos correctes, à développer nos pellicules et nos clichés. Il nous à appris le plaisir de se balader dans les rues de Pékin, et de prendre en photo ce qu’on y voyait. Alors même si j’ai lâché un peu la photo pendant de nombreuses années après avoir quitté Pékin (enfin, j’ai continué à mitrailler, même si je travaillais moins tout cela, et je dois remercier mes parents qui ont du supporter tous mes achats compulsifs de pellicule entre autres), cet amour m’est toujours resté, et je me rends compte que tout ce que j’ai appris alors m’est resté quasiment intact, maintenant que j’ai de nouveau un bel appareil photo entre les mains. Appareil numérique, certes, mais j’ai toujours espoir un jour d’avoir ma propre chambre noire, et de retrouver le plaisir que j’avais à voir les images peu à peu apparaître sous mes yeux.

C’est donc un instituteur qui aujourd’hui encore, 15 ans plus tard, à laissé sa trace dans ma vie. Je ne pense pas le lui avoir jamais dit, mais je le remercie ici pour tout ce qu’il a pu m’apprendre.

Et je ne pense pas être la seule pour qui ce soit le cas. Il m’arrive encore aujourd’hui, lorsque j’échange quelques mots avec des amis de l’époque, de parler de lui et de demander de ses nouvelles. Lorsque, après une rencontre tout à fait fortuite, j’ai retrouvée une bonne amie de primaire, après les échanges de nouvelles sur nos vies respectives, l’une des premières questions qu’elle m’a posé était si j’avais une adresse ou le joindre. Elle voulait lui envoyer une lettre pour le remercier de tous les bons moments passés lorsqu’il était notre prof. Il était énormément apprécié de ses élèves, et des parents aussi (mes parents me demandent aussi de temps en temps si j’ai des échos de lui, de ses nouvelles).

Je ne sais pas ce qui a pu se passer aujourd’hui à l’école française de Pékin. J’espère juste que la situation actuelle trouvera une résolution rapide et satisfaisante pour tous. Je garderai quant à moi le souvenir de ce professeur qui m’a tant appris, et fait découvrir de nombreux horizons en dehors des cours même.

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