D’où viens-tu ?

En tant qu’expat, c’est certainement la question qu’on me pose le plus, avant même le traditionnel « comment t’appelles-tu ? » ou encore « que fais-tu ? ». Et c’est aussi la question que je redoute le plus.

En général, la conversation se passe ainsi :

Lui : d’où viens-tu ?
Moi : de France (après tout, j’ai un passeport français, c’est donc la réponse la plus simple, et que je peux prouver, documents à l’appui).
L : de France ? Trop bien ! (les français sont apparemment une espèce fascinante et merveilleuse qui déclenche moult exclamations d’enthousiasme). Où exactement ?
M : Shanghai

Et là, mon interlocuteur bug.

Il peut y avoir des variantes dans la conversation, mais l’essence est là. Je n’ai pas encore trouvé de manière plus concise d’exprimer ma situation.

En effet, mon père est français, je suis de nationalité française, et à l’exception de mes années d’échange universitaire, j’ai toujours été dans un système éducatif français. J’ai eu une éducation majoritairement française.

Mais je suis née en Chine, à Pékin. Ma mère est d’origine chinoise (elle a pris la nationalité française à son mariage). Forcément, de nombreux éléments chinois se sont glissés dans ma culture, mon éducation.

J’ai vécu la moitié de ma vie en Chine, et l’autre en France, le tout en plusieurs séjours. Ayant toujours été à l’école française, la langue que je maîtrise le mieux est évidemment le français. Mais je suis suffisamment à l’aise à l’oral en chinois pour suivre des conversations et travailler dans cette langue (bien que je me retrouve souvent en difficultés à l’écrit). D’ailleurs, au téléphone, tant que la conversation ne dure pas trop longtemps, les gens me prennent tout à fait pour une chinoise.

J’habite actuellement en Chine. Mes parents habitent en Chine. Je n’ai plus d’endroit ou appeler chez-moi en France. Ma mère vient de Pékin, mais mon père a aussi beaucoup voyagé et déménagé en France lors de sa jeunesse, ne restant pas plus de quelques années dans un lieu.

Que dois-je donc répondre à la question précédente ? D’où viens-je exactement en France ? Je n’ai pas de réponse juste. Je suis, en quelques sortes, une « sans racines fixes ». Et je m’en porte bien. Je suis fière et heureuse de ce mélange culturel, je n’y renoncerai pour rien au monde. Mais je déteste cette question, ce « d’où viens-tu ? ». Elle est beaucoup trop restrictive pour moi.

J’espère que vous ne m’en voudrez donc pas si la réponse à cette question changera sans arrêt, en fonction de mon humeur et des circonstances. Je suis, avant tout, tout simplement humaine. Mais si vous insistez pour avoir des détails, un jour, je serai française, de Pékin ou de Shanghai. Un autre, je serais chinoise, de Paris ou d’ailleurs. Et parfois, si je suis d’humeur taquine, je vous laisserai deviner, laissant planer le mystère.

Plutôt que de garder le regard braqué sur là d’où je viens, je préfère le diriger vers là où je vais.

6 thoughts on “D’où viens-tu ?

  1. « Sans racines fixes ». C’est une bien belle expression pour exprimer tes origines. C’est vrai que pour dire « Tu viens d’où? » c’est classer les personnes dans une société bien spéciale, et c’est pas toujours délicat. J’aime beaucoup ton article en tout cas!!

    • Merci. Je n’ai jamais aimé ranger les personnes dans des cases, probablement parce que je ne rentre dans aucune. Je trouve nos personnalités bien trop complexes pour cela.
      Même s’il est important pour soi-même de savoir nos origines, et interessant aussi pour les autres de le savoir, je ne pense pas que nous soyons définis par cela. Malheureusement, c’est encore trop souvent ce qui arrive.

  2. Ce texte est très beau ma chère Renarde, et il rend bien une partie de toi que j’apprécie beaucoup: cette façon pleine d’aisance que tu as de vivre de ta double culture et d’en tirer un mélange unique qui est vraiment toi.
    La question « d’où viens-tu » est incroyablement fréquente dans le monde dans lequel nous vivons, et presque comique dans un contexte où les gens bougent beaucoup au cours de leur vie. A l’échelle beaucoup plus restreinte de mon existence, les gens arrivent à trouver étrange que je sois parisienne, avec des origines auvergnates, dauphinoise, picarde et lorraine. A croire que leurs ancêtres n’ont jamais bougé et que leur identité toute entière repose sur le fait d’être les descendants de gens qui n’ont jamais osé/eu l’occasion d’aller plus loin que le bout de leur village….

    • Merci. Et je pense vraiment que dans le monde globalisé où nous vivons, c’est une question qui deviendra vite obsolète.

      Je préfère (même si ce n’est pas encore parfait), la question posée par les chinois, où l’on demande en général « où est la maison de tes ancêtres ? ». Ça donne une possibilité de mouvement, et l’idée d’une histoire entre eux, nos ancêtres, et nous, aujourd’hui. Se pose ensuite la question de par quelle branche de la famille se définir (même si en Chine, ce n’est pas trop difficile, c’est, ou c’était, par les hommes), et jusqu’à quel point remonter.

  3. Bonjour,

    La même question n’est arrivée aussi, mais dans le sens envers !
    Quand je suis parti faire un petit stage à Londre, chacun s’est présenté et à mon tour,
    « Je viens de la France… Oui, je suis chinoise mais en fait je vis en France… »

    Contente de découvrir ton blog !

    • Oui, c’est une problématique encore inimaginable pour de nombreuses personnes, mais devient de plus en plus courante ^^

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