Lecture : La route étroite vers le nord lointain / Richard Flanagan

Quatrième de couverture 

En 1941, Dorrigo Evans, jeune officier médecin, vient à peine de tomber amoureux lorsque la guerre s’embrase et le précipite, avec son bataillon, en Orient puis dans l’enfer d’un camp de travail japonais, où les captifs sont affectés à la construction d’une ligne de chemin de fer en pleine jungle, entre le Siam et la Birmanie. Maltraités par les gardes, affamés, exténués, malades, les prisonniers se raccrochent à ce qu’ils peuvent pour survivre – la camaraderie, l’humour, les souvenirs du pays. Au cœur de ces ténèbres, c’est l’espoir de retrouver Amy, l’épouse de son oncle avec laquelle il vivait sa bouleversante passion avant de partir au front, qui permet à Dorrigo de subsister.

Cinquante ans plus tard, sollicité pour écrire la préface d’un ouvrage commémoratif, le vieil homme devenu après guerre un héros national convoque les spectres du passé. Ceux de tous ces innocents morts pour rien, dont il entend honorer le courage. Ceux des bourreaux, pénétrés de leur « devoir », guidés par leur empereur et par la spiritualité des haïkus. Celui d’Amy enfin, amour absolu et indépassable, qui le hante toujours. Les voix des victimes et des survivants se mêlent au chant funèbre de Dorrigo, se répondent et font écho.

À travers elles, la « Voie ferrée de la Mort », tragédie méconnue de la seconde guerre mondiale, renaît sous nos yeux, par-delà le bien et le mal, dans sa grandeur dérisoire et sa violence implacable. Porté par une écriture d’une rare intensité poétique, La Route étroite vers le Nord lointain est un roman puissant sur l’absurdité de la condition humaine, une méditation ombreuse sur l’amour et la mort, un cri contre la précarité de la mémoire et l’inacceptable victoire de l’oubli.

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J’ai lu ce livre deux ans après ma visite au musée de la ligne de fer Siam-Birmanie et du cimetière de guerre de Kanchanaburi (oui, rappelez-vous, j’ai beaucoup de retard dans tout ce que je vous raconte ici…).

C’est lors de cette visite que j’ai eu une première réalisation sur l’étendue des horreurs de la guerre dans cette partie du globe. J’en avais quelques notions, mais était bien plus au courant de ce qui c’était passé en Europe ou en Chine.

Et de même que la visite m’a marquée, la lecture de ce livre m’a aussi impressionnée. Impossible d’en ressortir indifférent, et malgré l’actualité et les cours d’histoire, je reste toujours surprise de l’étendue des brutalités dont les hommes peuvent être capables.

C’est une chose de voir les documents dans un musée, des chiffres, des cartes, des listes et reproductions. C’en est une autre de plonger dans la psyché de ceux qui ont vécu ces horreurs (même si ce ne sont ici que des personnages fictifs – inspirés de vrais personnes, mais fictifs tout de même). Cela rend l’expérience plus humaine, et donc aussi de fait plus inhumaine, surtout sous la plume d’un écrivain aussi talentueux que Richard Flanagan (il a reçu le Man Booker Prize 2014 pour ce livre, et de nombreux autres prix tout au long de sa carrière).

Ce n’est pas un livre pour les âmes sensibles. En effet, il comprend des descriptions très crues de ce qui a pu se passer dans les camps de prisonniers. Mais je pense que c’est une lecture qui vaut le coup. Non seulement l’auteur nous plonge dans la vie de ces camps, mais raconte aussi l’impacte de cette expérience sur les différents personnages, et comment elle peut les poursuivre pour le reste de leur vie.

Mais surtout, je pense que ce qui s’est passé ne doit pas être oublié, afin, je l’espère, que l’histoire ne se reproduise pas.

One thought on “Lecture : La route étroite vers le nord lointain / Richard Flanagan

  1. Encore une belle découverte de lecture et un bon complément d’enquête après ton précédent article. Merci pour cet article

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